Les Français vont-ils élire un homme plusieurs fois mis en examen ?

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Les Français vont-ils élire un homme plusieurs fois mis en examen ?

Sarkozy, ex-président de la République, a été mis en examen dans l’affaire des « écoutes » (juillet 2014) et dans l’affaire « Bygmalion-comptes de campagne » (février 2016). Il est impliqué ou mis en cause dans plusieurs autres affaires. Un pedigree qui ne l’empêchera pas de se présenter à l’élection présidentielle de 2017 ! Et, peut-être, d’être élu !

Une première, dans un pays qui se prétend garant des droits de l’homme et du citoyen : un ancien président de la République, qui défraie plus la chronique à cause des affaires qui lui collent à la peau que par l’amplitude et la pertinence de son action politique, risque de reprendre l’Elysée en 2017 et, ainsi, retrouver, pendant cinq ans, une immunité totale. Laquelle le mettra à l’abri de toutes poursuites judiciaires, pendant le temps de son mandat.

S’il existe un vide juridique indéniable sur le profil judiciaire irréprochable que devrait présenter tout candidat à la présidence de la République, il n’en demeure pas moins indispensable qu’une exigence morale s’impose à tous : n’avoir aucun démêlé en cours avec la justice. (1)

Des indices graves et concordant contre Sarkozy

Pour qui brigue la magistrature suprême, l’exigence majeure est, bien évidemment, de n’avoir jamais été condamné pénalement pour délits ou crimes. Cela devrait aussi signifier, sans aucun doute ni ambiguïté possible, que celui qui a maille à partir avec la justice, ne se retrouve pas dans une situation judiciaire qui, si un jugement était intervenu avant l’élection, celui-ci aurait de facto été interdit de participer.

Il est malheureusement à craindre, qu’au nom de la présomption d’innocence, discutable dans ce cas d’espèce, on assiste à une candidature qui va défier toutes les règles morales qui prévalent dans une société évoluée. Quid de l’honnêteté, de la probité, du respect ? Autant de principes intangibles, parmi d’autres qu’il a méprisés, que les juges d’instruction soupçonnent Sarkozy d’avoir enfreints ?

Quel exemple ce type de candidat va-t-il donner aux Français, notamment aux plus jeunes ? Le pire. En clair, celui du « tout est permis quand on a le fric », y compris quand on est soupçonné d’être un délinquant, comme c’est le cas de Sarkozy dans deux affaires graves, pour lesquelles, selon la terminologie juridique : il existe des indices graves ou concordants (2) qui ont conduit à le mettre en examen.

L’argent pour retarder les procédures

L’argent autorise-t-il toutes les manœuvres dans une démocratie, celle que revendique la république française qui se prétend le modèle universel ? Car là se trouve une bonne partie du problème. Sans son argent, Sarkozy aurait-il pu entraver, retarder toutes procédures, comme il n’a cessé et ne cesse encore de le faire ? La réponse est non. Le citoyen lambda qui renonce souvent à faire valoir ses droits devant les juges le fait faute de pouvoir se payer un avocat.

Assisterons-nous, le 7 mai 2017, à l’impensable ? L’élection d’un possible, voire probable, délinquant à la présidence de la République. L’état moral des habitants de ce pays n’est déjà pas au beau fixe, avec l’angoisse liée aux conditions de vie, aux attentats, au climat politique délétère. Si d’aventure, dans un mouvement suicidaire, le peuple (une majorité en tout cas) se jetait dans les bras de ce type anxiogène, qui a piétiné, comme nul autre, la pensée et l’héritage gaulliste, cela en serait fini des espoirs de la France de se maintenir parmi les nations respectables et respectées.

(1) Conditions pour devenir président de la République

(2) La mise en examen (anciennement inculpation) vise la personne contre laquelle il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elle ait pu participer, comme auteur ou complice, à la commission d'une infraction (article 80-1 du code de procédure pénale.)

- Affaire « des écoutes téléphoniques » : Sarkozy est mis en examen pour « corruption active, trafic d’influence et recel de violation du secret professionnel », le 1er juillet 2014. Suspendue pendant quelques mois, la procédure a été réactivée le 7 mai 2015 par la cour d'appel de Paris, qui a validé la légalité des écoutes dont il a fait l'objet. L’avocat de Sarkozy a saisi la cour de cassation.

Son pourvoi en cassation a été rejeté le 22 mars 2016. Son renvoi devant un tribunal correctionnel est désormais acté.

- Affaire « Bygmalion-comptes de campagne » : Sarkozy est mis en examen pour « financement illégal de campagne », le 16 février 2016. Le dépassement atteint les 28,5 millions d’euros, au-dessus du plafond autorisé qui est de 22,5 millions d’euros.

Verdi

Mardi 26 juillet 2016

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